Qu'est-ce que l'hypnose ?

Par Kevin Finel, fondateur de l'ARCHE

Une définition de l'hypnose

L’hypnose, c’est une façon d’accéder volontairement à d’autres états de conscience que notre état ordinaire, ces états où l’on devient beaucoup plus disponible à nos ressources intérieures, et à nos fonctionnements inconscients. Sa vraie force vient de là : c’est un levier de changement, de connaissance de soi et d’exploration. Tout le reste (les techniques, les protocoles, les champs d’application) n’est que le déploiement de cette idée simple. On a longtemps réduit l’hypnose à une image de spectacle, ou de mystère. En réalité, c’est un outil précis : apprendre à sortir, de façon choisie, de nos mécanismes habituels, pour aller chercher ce qui, en nous, reste hors de portée de la pensée consciente.

Nous vivons déjà des états d'hypnose, sans le savoir

Au quotidien, on fonctionne surtout avec une couche assez superficielle de nous-mêmes : celle qui nous raccorde au monde et réagit à ce qui nous arrive. C’est utile, mais ce n’est pas là que se jouent les choses profondes. Derrière, il y a nos fonctionnements inconscients : nos apprentissages, notre histoire, tout ce qui dirige énormément de nos comportements sans qu’on s’en aperçoive.

Le problème, c’est que cette partie-là est difficile d’accès : on est pris dans nos automatismes, en réaction permanente. L’hypnose est justement un moyen d’aller la rejoindre, de dépasser la frontière qui nous en sépare — un mode d’emploi pour mieux comprendre comment on fonctionne, comment notre cerveau fonctionne, et pour se remettre en relation avec son inconscient. C’est ce qui la rend si efficace au niveau thérapeutique.

Comment fonctionne l'hypnose ?

Le plus étonnant, c’est qu’on connaît déjà tous ça. L’accès à d’autres états de conscience, à un niveau plus léger, est quelque chose d’assez commun. On vit tous des états proches de l’hypnose sans le savoir : quand on est happé par un film au point d’oublier la salle, quand on fait un trajet en voiture presque en pilote automatique, quand on se perd dans une rêverie… on y est déjà.

L’hypnose n’est donc pas un don réservé à quelques élus : c’est un apprentissage, qui permet d’accéder à ces états volontairement, pour s’en servir. Ces états spontanés du quotidien, c’est comme un petit périmètre, un environnement proche du nôtre. Grâce à l’hypnose, on peut aller plus loin, explorer des états de moins en moins ordinaires, et accéder à des parties de nous-mêmes naturellement éloignées.

D'où vient l'hypnose ?

De tout temps, dans de nombreuses cultures, l’être humain a cherché des outils pour atteindre cette part de lui qui lui échappe. L’hypnose est sans doute l’aboutissement le plus abouti qu’ait produit l’histoire occidentale sur ce chemin : très tôt s’impose l’intuition que, dans un état hypnotique, on peut toucher ce qui, consciemment, reste fermé — parce que notre partie consciente a en réalité une prise limitée sur nous-mêmes.
C’est d’ailleurs de l’hypnose qu’est né le mot « psychothérapie » lui-même. C’est Bernheim, hypnotiseur de l’École de Nancy, qui l’a défini et installé à la fin du XIXe siècle. C’est grâce à l’hypnose que la pensée psychothérapeutique a commencé à se déployer — Freud lui-même est passé par là avant de s’en éloigner. Les psychothérapies se sont ensuite largement coupées de cette notion d’état de conscience — mais depuis quelques décennies, un vrai contre-mouvement la remet au centre. Quelque part, on revient à la source.

Qui peut être hypnotisé ?

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, tout le monde peut entrer en état d’hypnose. On sait aujourd’hui qu’il existe différents états de conscience, et que la plupart des gens, avec un peu d’entraînement, peuvent accéder à une grande variété d’entre eux. Il n’y a donc pas, en soi, de « résistance » à l’hypnose — certaines personnes ont simplement besoin d’un accompagnement plus soutenu, ou d’un peu plus d’entraînement.

L’intelligence ou la crédulité n’ont rien à voir là-dedans : ce qui compte, c’est la capacité à s’absorber dans une expérience, à imaginer, à élaborer — une capacité qui s’entraîne. Être hypnotisable n’est pas une faiblesse ; c’est plutôt une richesse imaginative. Et il n’est pas nécessaire d’y croire pour que ça fonctionne : de nombreux sceptiques vivent très bien l’expérience hypnotique, parce qu’elle ne travaille pas avec la partie de nous qui adhère ou refuse consciemment. Ce qui compte réellement, c’est la confiance et la sécurité dans la relation tissée avec le praticien.

Comment se déroule une séance d'hypnose ?

Une séance d’hypnose d’accompagnement suit généralement trois temps. D’abord, un échange préalable : le praticien prend le temps de comprendre la demande, le contexte, ce que la personne cherche à travailler. Vient ensuite l’induction — le passage progressif vers un état de conscience modifié, souvent guidé par la voix, le rythme, l’attention portée à une sensation ou une image. Ce n’est ni un sommeil ni une perte de conscience : la personne reste présente, et peut à tout moment parler, bouger, ou mettre fin à l’expérience.

Une fois cet état atteint, le praticien guide l’exploration : selon l’objectif, il peut s’agir de retravailler une émotion, d’explorer une ressource, de modifier un rapport à une situation. Cette phase peut durer de quelques minutes à une demi-heure. La séance se termine par un retour progressif à l’état ordinaire, puis un temps d’échange pour mettre des mots sur ce qui vient d’être vécu.

Chaque séance est différente : il n’y a pas de protocole unique, mais un accompagnement qui s’ajuste à la personne, à son histoire, et à ce dont elle a besoin à ce moment précis.

Ce que ne peut pas faire l'hypnose

L’hypnose ne soigne pas : ce n’est pas une médecine. Elle agit en amont du pathologique — sur les émotions, les comportements, la connaissance de soi, l’histoire de vie, la motivation, la souplesse psychique. Face à une pathologie, elle ne travaille pas sur la maladie elle-même, mais autour : face à un cancer par exemple, pas sur le cancer, mais sur le fait de mieux vivre un traitement lourd, la perception de la douleur, la fatigue, le rapport au corps. Elle ne prétend pas non plus retrouver la vérité d’un souvenir : nous construisons en permanence notre histoire personnelle, et l’hypnose n’a pas vocation à établir des faits — c’est la question d’un enquêteur, pas celle d’un accompagnement. Elle aide plutôt à redéfinir le rapport qu’on entretient avec son passé et l’impact qu’il a sur nous aujourd’hui. Dans de rares situations — certaines pathologies psychiatriques notamment — l’hypnose demande à être pratiquée par un professionnel de santé formé, qui sait quels outils employer et lesquels éviter. Ce n’est pas qu’elle serait interdite : c’est qu’elle demande alors un cadre médical.

Que dit la science au sujet de l'hypnose ?

L’hypnose est étudiée depuis près de deux siècles et elle est aujourd’hui bien documentée. Sur certaines indications, les preuves sont solides — notamment l’anesthésie et la gestion de la douleur — et de nombreuses recherches sont encore en cours. Sur le fonctionnement précis dans le cerveau, les neurosciences ont beaucoup avancé, même s’il reste des questions ouvertes : certaines recherches modernes montrent par exemple que l’entrée en hypnose s’accompagne d’une baisse d’activité dans la zone qui nous fait « surveiller » l’extérieur — ce fameux passage sous la couche superficielle de nous-mêmes.

C’est précisément pour contribuer à cette recherche mondiale, et mieux comprendre ce qui se passe réellement quand une personne est guidée dans ces états, que l’ARCHE a (fondé ? collaboré au développement de ? — à trancher, voir section 2) Prhysme, son laboratoire de recherche dédié à l’étude scientifique de l’hypnose et des états de conscience.

Est-ce que l'hypnose permet réellement de changer ?

C’est le cœur du sujet. Le changement opère à plusieurs niveaux. Le premier commence tout juste à être documenté, mais l’intuition se confirme de plus en plus : le simple fait d’accéder à un autre état de conscience met déjà quelque chose en mouvement — de l’autocorrection, de la prise de conscience. Comme si, en sortant de notre fonctionnement habituel, certains processus de changement se déclenchaient d’eux-mêmes.

Le deuxième niveau est plus actif : ces états permettent de travailler avec des outils qui font vivre de vraies expériences de transformation, vécues de l’intérieur, souvent très riches. C’est précisément ce qu’on apprend dans une formation en hypnose : guider quelqu’un à travers ces expériences. C’est le métier.

Enfin, il faut remettre les choses en perspective : l’hypnose est quelque part la mère de toutes les psychothérapies. C’est elle qui a donné naissance à la notion même de psychothérapie, avant que le champ ne s’en détache — et depuis quelques décennies, un vrai mouvement la remet au centre. On revient à la source.

Questions fréquente sur l'hypnose

Peut-on perdre le contrôle sous hypnose ?

Non, c’est l’inverse. On a déjà très peu de contrôle réel sur nos automatismes inconscients. L’hypnose permet justement d’accéder à cet endroit en nous où ils se fabriquent, pour pouvoir les remettre en cause : elle fait gagner du contrôle, elle n’en fait pas perdre.

Non. On ne peut pas faire faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas sous hypnose, et l’état hypnotique ne rend pas plus influençable. Les histoires de manipulation existent, mais elles tiennent à un ascendant psychologique (qui peut exister avec ou sans hypnose) pas à l’hypnose elle-même.

Non : à ce jour, aucun cas de ce type n’a été documenté dans la littérature scientifique. Même laissée dans un état profond, une personne en ressort d’elle-même après quelques minutes, ou immédiatement en cas de besoin.

Non, ce sont deux pratiques très différentes. Le spectacle vise un effet de démonstration rapide, sans objectif de changement. L’hypnose d’accompagnement prend le temps, s’adresse à tous, et vise la connaissance de soi et l’exploration.

Non. Le mot vient du grec hypnos (sommeil), mais l’imagerie cérébrale montre aujourd’hui que l’état hypnotique est bien distinct des phases de sommeil identifiées — plus complexe et plus variable.

Non, ni l’un ni l’autre n’est indispensable. Des recherches montrent qu’on peut entrer en hypnose en pleine activité physique — ce qui explique son usage en contexte sportif. La visualisation n’est qu’un outil parmi d’autres, utilisé seulement si elle convient à la personne.

La littérature scientifique sur l’hypnose est aujourd’hui abondante, avec une efficacité documentée notamment sur la douleur et l’anesthésie. Comme tout accompagnement, elle comporte une part de facteurs communs, mais elle s’appuie aussi sur des mécanismes qui lui sont propres.

Non. L’hypnose n’est pas une médecine et ne traite pas la maladie elle-même. Elle agit en amont ou autour du pathologique — sur les émotions, les comportements, la douleur perçue, le rapport à une épreuve — jamais comme un substitut à un traitement médical.

Pour aller plus loin

→ Qui peut être hypnotisé ?
→ Les limites de l’hypnose
→ Hypnose & auto-hypnose : différences et complémentarité
→ Les fondements scientifiques de l’hypnose
→ Se former à l’hypnose à l’ARCHE
→ Lexique de l’hypnose