Pourquoi apprendre l’auto-hypnose ?

Peu connue au regard de la méditation ou de la sophrologie, l’auto-hypnose est pourtant un outil d’exploration personnelle d’une immense richesse, une façon idéale d’ouvrir la porte qui nous sépare de notre part inconsciente afin d’en entreprendre l’exploration… 

L’idée centrale de l’auto-hypnose est simple : dans nos états de conscience ordinaires, nous n’accédons qu’à certaines facettes de notre personnalité. Notre cerveau fonctionne sur ses routines et nous n’avons que peu de possibilités d’action sur nous-même. L’imagination est bridée, nos émotions nous échappent et nos fonctionnements sont le plus souvent rigides…

Modifier notre état de conscience ouvre une sorte de passage, un chemin qui nous permet d’entrer dans cette part de nous que l’on ne fait que pressentir mais qui nous semble naturellement lointaine, inaccessible.

Les bases de l’auto-hypnose sont rapides à apprendre et ouvrent à une infinité de possibilités:, améliorer et optimiser ses fonctionnements, découvrir les différentes facettes de sa personnalité ou tout simplement assouvir une soif de connaissance de soi et d’exploration personnelle…  il y a énormément de raisons de commencer cet apprentissage.

Et vous, qu’est-ce qui pourrait vous attirer dans cette aventure ?

Nous traversons tous des états de conscience inhabituels

Ce que nous connaissons de nous-même se limite aux états ordinaires de conscience, c’est à-dire à ce que nous sommes lorsque nous évoluons dans nos comportements habituels et routiniers. Dans ces états, nous sommes fidèles à l’image que nous nous faisons de notre personnalité : nos proches et nos amis nous reconnaissent, nos comportements suivent une logique apprise et le plus souvent prévisible. Nous y avons une sensation confortable de continuité. Confortable, mais parfois réductrice, limitée : cet état peut se révéler être une prison dorée qui ne permet pas à toutes nos facettes, à toutes nos possibilités de s’exprimer.     

Chacun est susceptible de découvrir d’autres états de consciences. Cela se fait généralement de façon impromptue : envouté par les sonorités et les rythmes au milieu d’un concert, focalisé sur un effort inhabituel et l’envie de se dépasser en courant un marathon, subjugué par une expérience gustative et olfactive complexe en goûtant un vin délicat, happé par une œuvre d’art dans un musée, absorbé par un texte ou une poésie, envouté par la voix d’un conteur qui nous donne à entendre un récit et qui par son art le rend vivant et hypnotique…

C’est souvent une expérience sensorielle inhabituelle qui nous met en connexion avec cette possibilité. Chacun d’entre nous est sensible à certaines expériences en particulier, qui parce qu’elles nous touchent, nous atteignent plus facilement, fonctionnent pour notre esprit comme des véhicules capables de nous éloigner pour un temps de nos fonctionnements quotidiens.

Pourquoi aller au théâtre, sinon pour être ému, touché, hypnotisé ? 

Pourquoi lire un roman ? N’est-ce pas d’ans l’espoir d’être absorbé par le récit, de s’identifier à des personnages ?  Ou tout simplement pour rêver et voyager, pour sortir de la réalité ordinaire ? 

Pourquoi écouter de la musique ? Peut-être pour voyager, se déconnecter, ou pour être emporté par les sonorités et les rythmes qui déploient notre imagination ?

Pourquoi courir ? Pour cette exquise sensation altérée, provoquée par l’endorphine et la dopamine ? Pour la connexion particulière à notre corps que l’effort permet ? Pour la sensation de se dépasser ?

L’homme a façonné bien des moyens de modifier son état de conscience, bien souvent sans mettre des mots précis sur l’objet de cette recherche. Chaque civilisation a créé ses propres outils, souvent affinés au fil des siècles. La pratique de formes de méditation, de prières, le yoga la danse, la musique, la peinture l’écriture… toutes ces disciplines et bien d’autres renferment possiblement la clef de ce voyage intérieur. Pourrions-nous aller jusqu’à émettre l’hypothèse qu’elles ont été créées dans ce but ? 

L’accès à ces états inhabituels donne naissance à des expériences puissantes et marquantes. Ces expériences nous rappellent à notre complexité et à notre capacité créatrice. Elles génèrent un état de profonde liberté, d’inspiration.  Elles renouvellent notre façon de penser et de voir le monde. Un autre état de conscience, c’est une bouffée d’oxygène qui nous rappelle que nous sommes bien plus que ce que nous exprimons de nous-même dans notre vie quotidienne.  

Et si nous nous éduquions aux états de conscience ?

Dans une civilisation comme la nôtre où nous n’avons presque aucune sensibilisation aux états de conscience, dans laquelle notre éducation fait l’impasse sur nos fonctionnements mentaux, émotionnels et cérébraux, vivre une expérience d’état non ordinaire peut constituer un véritable choc psychologique. Deux problématiques peuvent alors apparaître :

Tout d’abord, l’expérience sera le plus souvent vécue comme une forme de révélation : il n’est pas rare de voir des personnes l’interpréter de façon « magique », d’y voir d’office une ouverture vers un mode « spirituel » et d’interpréter ces expériences à l’aune de croyances mystiques ou religieuses.

Le cheminement est compréhensible : quand une expérience nous dépasse, il est normal de chercher à l’interpréter, à la comprendre. Et sans matériel accessible pour le faire, sans sensibilisation à ces états et à ce qu’ils provoquent en nous, sans vocabulaire partagé dans notre culture pour mettre en mot ce qui est traversé, c’est du côté des mythes et légendes, et du côté des enseignements spirituels que de nombreuses personnes se tournent. Elles y trouvent des théories qui leur permettent de conceptualiser leur vécu et de rencontrer des personnes qui partagent leurs interrogations et recherches.

Une telle démarche est souvent positive, mais ces réponses proviennent généralement de cultures très différentes de la nôtre et donc difficiles à appréhender d’un point de vue plus occidental. Il me semble qu’un discours pragmatique – fondé autant que possible sur notre culture ainsi que sur une base scientifique – serait un apport considérable. Il permettrait à ceux qui le souhaitent de disposer de moyens de repère dans ces expériences et serait même susceptible d’éviter dans certains cas le recours à des explications simplistes ou à des dérives sectaires. 

L’autre problématique consiste à confondre ce qui déclenche l’état et l’état lui-même, c’est-à-dire le moyen et la finalité. Si une musique m’amène vers un état de conscience puissant, il est facile de penser que la musique est à l’origine de l’expérience, et même qu’elle contient l’expérience. Je vais alors me passionner pour cette forme musicale, sans m’intéresser à l’essentiel : ce qui se passe réellement en moi.

On trouve ainsi de nombreuses personnes qui vouent un culte à cet élément déclencheur (qu’il soit un exercice mental, un psychotrope, une forme de méditation, la pratique d’un sport ou encore une pratique artistique…), oubliant qu’il n’est qu’une clef et non ce qui est réellement recherché. 

Car même si dans cet exemple la musique est un vecteur, c’est en comprenant la façon dont elle a agi et comment reproduire cet effet qu’une personne va disposer de réels moyens d’entreprendre ce voyage intérieur. On touche ici au but profond de l’hypnose : décoder et analyser les « leviers hypnotiques » c’est-à-dire les leviers permettant de modifier les états de conscience, pour les mettre à portée de tous, de façon saine et pragmatique.  C’est ce travail qui permet d’éviter cette confusion entre le moyen et la finalité.

Cartographier les accès vers nos parts inconscientes

Un praticien en hypnose est avant tout un expert des états de conscience, il étudie tout ce qui semble pouvoir les modifier afin de pouvoir reproduire cette action par la suite. Il décode entre autres les pratiques rituelles et artistiques pour en comprendre les ingrédients hypnotiques.

Si une pratique de méditation ou de prière provoque chez certaines personnes de puissants états modifiés, ce qui nous intéresse est :

  • Qu’est ce qui, dans cette expérience et dans sa construction, permet cet effet ? Nous questionnons ici les éléments suggestifs, les leviers émotionnels, les biais cognitifs activés… c’est à dire la façon dont les ingrédients de l’expériences agissent sur le psychisme.
  • Que fait subjectivement une personne à cet instant pour obtenir cet état ? Nous questionnons son organisation psychique, sa façon d’utiliser ses capteurs sensoriels, son imagination, sa pensée et ses représentations pendant l’expérience… Autrement dit, comment ce vécu spécifique modifie la configuration subjective de l’individu.

 

Ce travail permet de comprendre de quelle(s) façon(s) certaines techniques opèrent pour transformer l’état de conscience et il a déjà permis d’identifier et de transmettre de nombreux outils permettant d’accéder à ces états

Le début d’un chemin vers son univers intérieur…

Dans sa pratique, un praticien est donc une forme de passeur : il connait, pour les avoir cartographiés puis arpentés, les chemins qui peuvent mener de l’autre côté de la frontière qui nous sépare de notre part inconsciente.

L’auto-hypnose est née de cette recherche, elle vise à transmettre des outils simples et accessibles pour que chacun ait les moyens de commencer ce voyage. Bien entendu, tout le monde peut s’approprier ces outils, et jouer avec.

On distingue aujourd’hui deux grandes formes de pratiques de l’auto-hypnose, qui seront développées dans les 2e et 3e parties de cet article :

          L’auto-hypnose performative, dont le but est d’améliorer et d’optimiser les fonctionnements d’une personne : améliorer sa mémoire, sa concentration, son sommeil ou sa créativité, changer un comportement ou encore gagner en confiance, les possibilités sont larges et la 2e partie de cet article aura pour but d’expliquer les principaux mécanismes de cette pratique.

          L’auto-hypnose visant à une connaissance de soi. Ici il s’agit de devenir un véritable psychonaute, un « explorateur de l’âme », d’entreprendre ce passionnant voyage vers la compréhension de son propre esprit et de sa construction identitaire. C’est une quête de compréhension et de sens qui peut se révéler être un des plus passionnants voyages possibles pour un être humain. C’est dans la 3e et dernière partie de cet article que cette facette sera développée. 

Kevin FINEL

Fondateur de l’A.R.C.H.E.