article : un stage d'auto-hypnose


Par Marthe Montreuil.


« L’hypnose, c’est pas de la magie ! C’est la vie !* »

En juin 2003, l’Arche (académie pour la recherche et la connaissance en hypnose ericksonienne), via son président Kevin Finel, a proposé à Paris, un stage d’auto-hypnose à une quinzaine de personnes venues découvrir ce puissant accélérateur de changement qui pourrait émerger dans les prochaines années comme un véritable « art de vivre ». Parfois controversée, parfois redoutée, l’hypnose est plus souvent mal connue, voire ignorée. A l’issue de ce stage auquel j’ai participé, j’ai eu envie de livrer quelques clés restées accrochées au trousseau de mes réflexions et de mes émotions…

Entrer en auto-hypnose : simple comme rêver

Entrer en transe hypnotique, provoquée par un tiers ou auto-déclanchée, n'est pas moins « naturel » que de s'endormir ou de rêver, qui sont eux aussi des « états de conscience modifiée ». Tout le monde a déjà dormi ou rêvé sans se demander si « ça marche ». On sait simplement que cet état existe et nous l'utilisons tous les jours. L'hypnose (assistée ou auto-déclenchée) consiste à alimenter le conscient d'un nombre si important d'informations et de sensations - souvenirs, images, odeurs, musiques agréables - qu'il s'en trouve littéralement « débordé ». Si bien qu'il lâche prise pour laisser place à « autre chose », un autre état de conscience qui prend le relais mais qui d'habitude n'intervient pas de façon contrôlée. C'est cet état de conscience modifiée qui nous permet d'entrer en contact avec l'inconscient.

L’inconscient : un(e) ami(e) qui nous veut du bien

Chacun sa définition de l'inconscient. La plus parlante est celle d'Erickson, le père fondateur de l'hypnose : « L'inconscient, c'est juste ce qui n'est pas encore conscient ! ».
Il considérait cet autre « nous-même » comme une sorte d'ange gardien, prêt à intervenir à tout moment en notre faveur. Car si nous le connnaissons très mal, cet autre, en revanche, sait très bien qui nous sommes et ce dont nous sommes capables. Nous ne devons donc pas hésiter à le consulter comme nous le ferions avec un(e) ami(e) proche avec qui nous avons envie de tout partager, de tout savourer… Ce qui est fort, ce qui est beau, ce qui est bon et ce qui est difficile aussi. Parce qu'en véritable ami(e), l'inconscient est toujours là, il ne nous laisse pas tomber en cas de pépins, surtout en cas de pépins… Mais, il n'est guère que sous hypnose que nous pouvons dialoguer avec lui, de façon efficace, quasi spontanée, avec beaucoup de facilité, mais surtout avec beaucoup de plaisir !

Une histoire d’amour…

Rencontrer son inconscient… Mais pourquoi exactement ? Simplement parce que c'est une une belle histoire d'amour… Propre ! Que de revoir ou faire connaissance avec cet « autre » que l'on connaissait déjà sans le savoir… Cet autre « ni tout à fait la (le) même ni tout à fait un(e) autre… Et qui nous aime et nous comprend » pourrait on dire à la manière de Rimbaud… Cet autre, qui nous aide surtout et en toute liberté, à énoncer et à résoudre toutes sortes de problèmes récurrents. Il ne s'agit pas moins que de sauver sa peau et/ou simplement de se rendre la vie plus jolie :

- En se débarrassant d'une allergie ou d'une addiction (drogues, alcool, cigarette, nourriture…)
- En anesthésiant son corps sans dommage lors d'une intervention chirurgicale ou en limitant les douleurs lors d'un accouchement
- En résorbant une dépression ou un banal mal de vivre, assorti de phénomènes psychosomatiques,
- En faisant disparaître et/ou en allégeant certains handicaps et autres maladies.
- En agissant sr certaines capacités ou qualité pour les améliorer comme la concentration, la mémoire...


Au delà de la magie et de la poésie

Ce que j'ai eu la chance d'entr'apercevoir dépasse donc de loin les champs de la poésie - que j'adore ! - et des arts du cirque - que j'aime beaucoup aussi au deumeurant…- Sous hypnose l'inconscient n'agit pas sous la baguette d'un charlatan – bien qu'il y en ait toujours… Selon Kévin Finel : « Prenez soin de vérifier que votre hypnotiseur est heureux ! » - L'inconscient est une « ressource naturelle » qui vient solutionner ce qui lui est présenté comme un problème. Dès lors que nous décidons de nous les approprier, il met à notrre disposition des outils puissants capables de soulever ou de transformer les mondes qui nous enferment dans une réalité déformée. Ce n'est pas de manipulation ou de trucage qu'il s'agit sous hypnose, mais au contraire d'une reprise des commandes. A contrario, sans transe hypnotique et donc sans accès volontariste à notre propre inconscient, la vie entière serait une grande illusion éternellement figée par ses perversités et ses malentendus. Repris développés et théorisés par ses étonnants disciples, R. Bandler et J. Grinder, les travaux d'Erikson ont donné naissance à « la programmation neurolinguistique » (PNL) désormais utilisée à des fins thérapeutiques ou simplement érigée en art de vivre par un grand nombre d'hommes et de femmes soucieux d'étendre leur liberté et d'améliorer leur relation au monde.

Des inquiétudes légitimes

L'hypnose qui laisse s'exprimer un autre nous-même, libéré des représentations ou « ancrages » habituels, peut toutefois provoquer des inquiétudes. Cette peur légitime qui ne l'a pas ressenti ? Où est-ce que je suis ? Où est-ce que je vais lorsque mon état de conscience normal lâche prise ? Et comment je « reviens » de cet « endroit » étrange ? Est-ce que je vais me « réveiller » ? Toutes ces questions, je me les suis posées… Mais la peur classique de l'inconnu a été pour moi moins forte que l'idée dingue d'enfin entrer en contact avec ce moi-même perdu de vue. Enfin me retourner vers moi… Me parler… Me « recentrer » comme on dit. Ce verbe, jusqu'ici, pour moi vide de sens, a pris forme… Et j'ai déjà pu voir se rassembler plusieurs petits paquets de moi-même avec plaisir… et émotion. Je sais désormais qu'il est possible de me laisser aller à cette idée de me représenter et de vivre ma vie autrement. Personne n'y est obligé ! Et je n'y oblige personne ! Mais plus, je me laisse aller à cette idée, plus le cheminement vers l'hypnose devient facile, évident. Plus je me sens capable d'autoriser mon inconscient à m'aider, à formuler clairement ce que je veux vraiment… Et plus j'ai envie de le partager. Avant, je me disais : je sais ce que je ne veux pas… Mais je ne sais pas ce que je veux.. J'ai pu déclarer par exemple : je veux rencontrer des gens avec qui le partage est possible ; je veux me sentir bien dans mon corps de femme ; je veux vivre de mon écriture. J'y vais, j'écris !


Pas de réussite sans engagement

Il est en revanche un point important que je n'oublie pas : tous les objectifs ainsi formulés ne pourront être atteints que si je m'y engage fortement. Comme tous les pratiquants de l'auto-hypnose qui ont participé au stage de l'Arche, j'ai aussi décidé de passer avec moi-même le contrat fondamental suivant :

- toujours me fixer mentalement une limite de temps à cet état de conscience modifié,
- toujours « revenir « en cas de nécessité extérieure,
- ne jamais entrer en « régression », CAD ne jamais me fixer comme objectif d'atteindre un âge moindre que mon âge effectif au moment de l'expérience. Si un jour, j'en ressens la nécessité, je ne manquerai pas de me faire accompagnée par une personne qualifiée.

Entrer en auto-hypnose c'est entrer dans un cercle vertueux, un peu comme dans un jeu. Mais comme tous les jeux, c'est quelque chose de sérieux. A vous de jouer donc ! Vous avez les paupières lourdes…Très lourdes…Très très lourdes…

*dixit Kevin Finel, président de l’Arche

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